CAPD du 16 déc 2008 : déclaration intersyndicale générale

mercredi 17 décembre 2008
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Déclaration SNUipp, SE-UNSA, SUD Education, SNE à la CAPD du 16 décembre 2008

Nous tenons à faire état en cette CAPD, Monsieur l’Inspecteur d’Académie, mesdames, messieurs, de l’état d’esprit des collègues et des conditions réelles de travail vécues aujourd’hui dans les écoles. Aujourd’hui, désarroi et colère se conjuguent dans une situation vécue comme de plus en plus insupportable. Soumis à une avalanche de réformes dont ils voient bien qu’elles orientent l’école sur une mauvaise voie, obligés bien souvent de travailler dans des classes surchargées, sans aide suffisante pour affronter toutes les difficultés du métier et de la prise en compte de tous les élèves, notre profession est mise à mal comme jamais.

 Les collègues se sentent méprisés, niés dans leur professionnalité, voient la confiance dans laquelle ils travaillaient remise en cause. Dans les écoles, tout le monde croule sous les injonctions et tâches supplémentaires, liées de plus en plus à des comptes à rendre à l’administration. Les collègues voient ainsi leur travail se déporter en dehors du cœur de leur mission : l’enseignement auprès des élèves. Ils voient aussi leur métier évoluer de manière radicale : les tâches d’exécution prennent le pas sur les aspects de conception, de création.

Nous sommes dans une situation proche de la rupture, que l’absence de réponse de notre ministre face aux revendications et mobilisations des personnels ne contribue sûrement pas à apaiser. Les échanges de courriels entre écoles, les initiatives individuelles sont le reflet de ce contexte. Que ce soit à Colmar, à Colomiers, à Saint-Etienne ou à St Jean de Védas, ce qu’ont fait nos collègues est l’expression de ces « insupportables ». Nous ferons une déclaration spécifique, en commun avec les autres organisations, concernant la situation de Bastien Cazals.
Dans ce climat, les annonces et mesures qui se profilent, des suppressions de postes dans les RASED, les CLAD et autres postes spécifiques au projet d’EPEP, de la création de jardins d’éveil à la réforme des remplacements, en passant par la réforme profonde de la formation des enseignants , les remises en cause du paritarisme et la mise en danger des associations complémentaires de l’Enseignement public, ne peuvent qu’ajouter de l’huile sur le feu.

La note de service sur la mobilité, donnant de nouvelles instructions concernant les permutations et les mouvements départementaux, est pour nous très inquiétante.
Elle minimise le cadre de discussion départemental, réduit le rôle des instances paritaires, et contient des mesures contribuant à réduire la valeur des qualifications dans les affectations. Elle renforce également l’individualisation des carrières.

Concernant les Réseaux d’aide aux enfants en difficulté, le 4 novembre, jour de l’examen en première lecture du budget de l’enseignement scolaire, en pleines vacances scolaires, un millier de personnels des réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté se sont rassemblés devant l’Assemblée Nationale à l’appel des associations professionnelles et des organisations syndicales de l’éducation. A ce jour, la pétition « Sauvons les RASED » a recueilli 250 000 signatures.
Cette mobilisation sans précédent témoigne du refus, par la communauté scolaire et au-delà, du projet de suppression de 3000 postes E et G des RASED, suppression qui priverait d’aides spécialisées des dizaines de milliers d’élèves en difficulté à l’école.
Dans notre département, cela se traduirait par la suppression de 50 à 60 postes, permettant la prise en charge de plus de 3000 élèves. L’aide personnalisée que le ministre met dans la balance pour justifier cette mesure, n’est pas de nature à répondre aux besoins d’enfants en difficultés lourdes, d’enfants en rupture par rapport aux apprentissages. Ce seront nos collègues qui - dans les conditions de travail fortement dégradées que nous venons de décrire- devront assumer au quotidien dans les classes la gestion de ces difficultés, qui s’ajoutent à la prise en charge légitime d’enfants en situation de handicap de plus en plus nombreux. Comment allez-vous mettre en œuvre tout cela M. l’Inspecteur d’Académie ?
Nous voulons enfin pointer la situation de l’école maternelle. Après les propos blessants du Ministre de l’éducation nationale tenus au Sénat réduisant le travail avec des enfants de deux à trois ans à « faire faire des siestes ou changer des couches », la commission sénatoriale publie un nouveau rapport à charge contre l’école maternelle.
Alors que l’intérêt des enfants nécessite de travailler la continuité entre les structures d’accueil de la petite enfance et l’école maternelle, ce rapport préconise d’exclure de l’école maternelle les enfants de moins de trois ans, se propose « d’imaginer » une nouvelle forme d’accueil, le jardin d’éveil, et d’instaurer « une sorte d’examen d’admission » à l’école maternelle qui écarterait de l’école les élèves qui, par exemple en matière d’acquisition du langage, en ont le plus besoin !
Ces propositions reviennent sur la loi actuelle qui prévoit d’étendre la scolarisation des enfants de moins de trois ans, en priorité, dans les écoles situées dans un environnement social défavorisé. Le rapport cache mal la volonté d’économiser des postes à l’école maternelle, de remettre en cause le principe de gratuité et d’aboutir à une réduction des ambitions du service public d’éducation.
Nous réaffirmons la nécessité de scolariser tous les enfants dont les familles en font la demande y compris à partir de l’âge de deux ans. Les enseignants de maternelle demandent le respect de leur engagement et de leur travail auprès des centaines de milliers d’élèves de moins de trois ans qu’ils scolarisent.

En conclusion, Monsieur l’Inspecteur d’Académie, nous souhaitons que vous preniez l’exacte mesure de l’exaspération qui monte dans les écoles et les établissements scolaires, de la maternelle à l’université. La grève massivement suivie du 20 novembre en a été une forte expression. Ce sentiment d’exaspération est partagé à présent par bon nombre de parents mobilisés fortement le 10 décembre contre la casse organisée de l’école publique. A ne pas vouloir entendre les légitimes inquiétudes et revendications de toute la communauté éducative, Monsieur le Ministre prendra la lourde responsabilité d’un conflit ouvert et prolongé dans les semaines qui viennent et vous, Monsieur l’Inspecteur d’Académie, aurez la délicate tâche de gérer au plan local une situation qui s’annonce tendue à la rentrée de janvier.